On n’avait pas vu pareille unanimité depuis longtemps. Comme sous la Terreur, tout le monde sans exception s’empresse d’accabler les accusés, sachant bien que le moindre délai à le faire ferait de soi-même un accusé, autant dire un coupable. Il n’est pas jusqu’au Rassemblement national pour y aller de son coup de pied de l’âne, vigoureusement appliqué. Et comme au temps des procès de Moscou, il n’est pas jusqu’à l’accusé lui-même pour exprimer ses regrets, et pour reconnaître ses torts.

Or, ses torts, quels sont-ils ? Dans un épisode d’un feuilleton de l’été, où il s’amuse à projeter dans des situations historiques diverses des personnalités politiques d’aujourd’hui, il a transporté dans l’Afrique esclavagiste du XVIIIe siècle la députée Insoumise et noire Danièle Obono, et il l’a représentée en esclave. Une députée noire en esclave, voilà l’objet du scandale. Mais les noirs ne cessent de rappeler l’esclavage, qui constitue, avec la colonisation de l’Afrique, le fondement assumé de leur droit à la colonisation de l’Europe, et de l’enseignement aux blancs du respect. On les prend au mot, de quoi peuvent-ils se plaindre ? Nul blanc ne se formaliserait d’être montré en esclave des Barbaresques au XVIe siècle, comme Cervantès. Dans notre civilisation, être victime n’est pas un déshonneur, bien au contraire. Le Dieu chrétien est montré partout sur la croix. Et l’image de Mme Obono dans Valeurs actuelles n’a strictement rien de caricatural. Elle n’est en aucune façon insultée.

Que montre dès lors cet emballement médiatique, mimétique, où la rivalité délatrice vole au secours de la rivalité victimaire ? Qu’il y a des maladies mentales au sein des sociétés, comme chez les individus. Et qu’il faut bien que la nôtre soit gravement atteinte de délire collectif pour s’étrangler de fureur face à des crimes imaginaires, quand les étranglements quotidiens, bien réels, lui semblent une routine qui ne vaut même pas la peine d’être relevée ; pour pratiquer avec éclat, sans le nommer jamais, le deux-poids-deux-mesures, autre nom de la préférence occupante ; et pour opposer incessamment le négationnisme de masse au génocide par substitution, à la colonisation précipitée de l’Europe livrée, à l’assassinat de ses peuples.