Pas un jour sans son égorgement, son attaque au couteau, son viol, ses agressions violentes pour les motifs les plus futiles, et souvent sans motif du tout — quand ce ne sont pas ses incendies de cathédrale et ses déprédations régulières d’églises. Pour le gouvernement, il ne faut voir là qu’une accumulation de faits-divers, c’est le cas de le dire. Elle serait due à la chaleur, aux inégalités sociales, au racisme structurel du peuple des victimes, aux précautions insuffisantes qu’elles prennent pour se protéger, alors quelles savent très bien que le danger est là.

En fait nous assistons à une guerre des récits, une guerre des mots, et aussi longtemps que les résistants au changement de peuple et de civilisation n’auront pas tordu le cou au discours officiel qu’on vient d’évoquer, intolérable de cynique fausseté, ils ne parviendront pas à émouvoir les indigènes hébétés, ni à les délivrer de leur torpeur : ceux-là se doutent bien qu’on leur ment, mais ils sont très loin de soupçonner l’ampleur de la substitution narrative.

D’abord il n’y a pas de gouvernement. Les gouvernements sont faits pour protéger leur peuple et pour veiller à sa sécurité, le nôtre s’emploie au contraire à nous livrer aux populations de remplacement. Il est le comité de gestion de notre section du parc humain, chargé par le conseil d’administration supérieur, qui l’a démocratiquement mis en place, d’assurer au plus vite le parachèvement de la substitution ethnique. À ses yeux comme d’ailleurs aux nôtres, la nocence est l’instrument du Grand Remplacement — mais lui ne songe pas un instant à la réduire, bien au contraire : ce serait aller contre ses propres objectifs. Ses journalistes et ses juges appliquent partout la préférence occupante, garantie de succès et d’irréversibilité de la colonisation en cours. Il y a seulement que le génocide par substitution n’est assez rapide dans sa marche au gré des remplacistes, et surtout des remplaçants. Flammes et lames servent à accélérer le processus : car c’est une chose de philosopher, ou de bénéficier de la philosophie des autres : il faut aussi occuper le terrain.