Le président de la République, au cours d’un voyage en Afrique noire, a cru bon de fustiger une nouvelle fois la colonisation, et d’exprimer l’horreur qu’elle lui inspire.

Quoi qu’on puisse penser du fond du propos et de son opportunité, il faut remarquer que le chef de l’État retarde d’un demi-siècle au moins et, de fait, bien davantage. Car la colonisation qu’il juge nécessaire de vouer aux gémonies c’est celle d’une partie de l’Afrique par la France, à laquelle il a été mis fin depuis des lustres, à juste titre ; tandis qu’il n’a pas un mot pour une colonisation autrement plus grave et plus actuelle, autrement plus lourde par les masses quelle implique, autrement plus fondamentale et menaçante, parce que démographique, pour l’identité des colonisés : à savoir la colonisation de la France par l’Afrique. S’il est pourtant une colonisation qu’il serait urgent de dénoncer et de condamner dans les termes les plus vifs c’est bien celle-là, celle d’aujourd’hui, celle qui pèse tous les jours sur les indigènes dont son atrocité détruit la nation et la civilisation : pas celle des siècles passés. Et cette colonisation en cours, il serait non moins urgent d’y mettre fin par la remigration, la libération du territoire, la décolonisation, le Grand Rapatriement des colons. Mais sans doute n’est-il guère à espérer qu’un président qui l’impose de toute son énergie puisse en même temps être celui qui la refoule. Bien au contraire : pourfendre l’ancienne n’a autre sens, à ses yeux, que de favoriser l’actuelle.