M. Sébastien Lecornu, ministre des Outre-Mer — ce seul nom maladroit en français montre assez que quelque chose ne va pas : pourquoi pas “de la France d’Outre-Mer” ? — rappelle, à très juste titre, que la Nouvelle-Calédonie figure sur une liste des territoires qui restent à décoloniser. M. Lecornu a raison sur le fond, et sur le fait. Cependant on pourra juger singulier qu’il estime opportun de procéder à ce rappel à la veille d’un troisième référendum sur l’indépendance du territoire, ce qui ressemble fort à une prise de position en faveur de celle-ci, là où l’on eût pu attendre, de la part du gouvernement français, à tout le moins la neutralité. Mais surtout la manière de poser la question est invraisemblablement archaïque et désuète, et relève d’une époque tout à fait révolue. En un temps où la France et l’Europe sont cent fois plus colonisées, et plus profondément, et plus massivement, qu’elles ont jamais colonisé elles-mêmes, ce sont elles qui devraient figurer sur la liste des territoires restant à décoloniser, et ce sont elles qui devraient donner le signal de la révolte indigène.