Le président de la République se rend à Marseille pour trois jours, comme pour un voyage officiel dans un pays étranger. Début de campagne électorale oblige, il apporte le tribut, et se targue des millions d’euros qu’il vient déposer en guise d’hommages et de réparations aux Quartiers Nord. Il n’est plus question que de la ville occupante, la ville indigène a disparu, on dira qu’elle n’a jamais existé.

C’est l’occasion pour l’ensemble du Bloc Négationniste-Génocidaire et de sa presse, la Presse, de rivaliser d’ingéniosité et d’intelligence pour expliquer l’état lamentable de ce qui demeure, officiellement, “la deuxième ville de France”, insiste-t-on. Ces explications ont un point commun : elles tournent toutes à n’en plus finir, en l’évitant soigneusement, autour du gouffre herméneutique central, d’où l’on entend à peine monter les cris de la vérité : la colonisation, le changement de peuple et de civilisation, le Grand Remplacement, le génocide par substitution.

C’est l’ablation de la race dans les discours, il y a un demi-siècle, qui rend le monde et la cité phocéenne inintelligibles, insaisissables au moins par la parole publique, ainsi que l’exige le négationnisme génocidaire, qui ne veut pas que son crime soit nommé. Ainsi l’occupant et la collaboration mettent en avant que tout est sale, délabré, vétuste, là où il demeure ; que la violence y est partout et la prospérité nulle part. Leur explication à cela, c’est l’abandon où, d’après lui, il est tenu, malgré les centaines de millions en vain déversés sur lui chaque année depuis des lustres. Plus éclairants seraient sans nulle doute la substitution ethnique, le passage d’une civilisation à une ou plusieurs autres, l’ingouvernabilité des ressortissants de celles qui s’installent, leur détestation de celle qu’ils remplacent, leur incivisme, leur haine d’eux-mêmes et des traditions indigènes, leur mépris des vaincus livrés.