Il y a cinquante ans jour pour jour Enoch Powell, député conservateur britannique, grand érudit, poète, héros de la Seconde Guerre mondiale, prononçait son fameux discours dit “des Fleuves de sang”, qui devait lui coûter sa carrière politique. C’est pourtant — ou peut-être faudrait-il dire plutôt, hélas : c’est en effet — l’un des discours les plus éclairés, éclairants, prémonitoires, visionnaires, puissants, qui aient été prononcés au XXe siècle, et peut-être à toutes les époques. L’aurait-on écouté, ou plutôt entendu, d’immenses malheurs eussent été évités, qui sont sans doute bien loin d’avoir atteint leur terme : la destruction de la civilisation européenne, la transformation d’un continent prospère et ordonné en un bidonville haineux, l’effondrement d’aussi hautes cultures que celles que portaient les sociétés anglaise, française, néerlandaise ou suédoise, ravagées toutes par l’immigration de masse, le multiculturalisme déculturé, la substitution ethnique, le terrorisme et, pires que lui, la nocence généralisée, l’agressivité permanente, la brutalité des rapports sociaux, la laideur et la saleté. Cet anniversaire est triste, puisqu’il est celui d’un échec, celui d’un homme, et d’une surdité savamment ourdie, celle de plusieurs grands peuples. L’hommage ne s’en impose pas moins, comme à tous les prophètes, fussent-ils de malheur. En un demi-siècle, l’appel d’Enoch Powell à un grand refus n’a fait que gagner en urgence et en acuité.


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