Le musée Carnavalet a décidé de bannir de ses cartels les chiffres romains, qu’il s’agisse de siècles ou de numéros de règne : 17e siècle, Louis 14. Apparemment le vivre-ensemble n’est pas possible, entre chiffres romains et chiffres arabes : les premiers sont condamnés à s’effacer. Le ridicule épisode est merveilleusement emblématique de tout ce qui a présidé depuis un demi-siècle à la destruction de l’École, de l’Université et de la culture en général : tout ce qui n’est pas immédiatement compréhensible aux nouveaux venus doit disparaître, tout ce qu’on ne sait pas en arrivant n’a pas besoin d’être su. Moyennant quoi, très rapidement, il ne reste rien, ainsi qu’on peut le constater tous les jours. Pris comme ils le sont dans la course commerciale à la quantité, les musées s’en voudraient, semblerait-il, de ne pas participer à cette grande déculturation.

On apprend le même jour que les cartes d’identité française porteront désormais la mention identity card. L’anglais gagne encore du terrain, dans une Europe politique dont la Grande-Bretagne ne fait plus partie, et où le français, comme jadis, si ce n’est le latin, feraient bien plus légitimement figure de lingua franca. Mais le broyage de l’espèce en vue de sa liquéfaction davocratique doit se poursuivre à tout prix, et, de même qu’il ne faut, apparemment, qu’une seule race et qu’un seul sexe, il ne faut qu’une seule langue, qui bien entendu ne sera pas la nôtre, puisque c’est la dépossession qui préside au remplacisme global.