On déplore souvent l’état d’hébétude des Français, qui expliquerait seul qu’ils se laissent envahir, occuper, insulter et maltraiter de toutes les façons imaginables sans réagir, et sans paraître seulement s’en apercevoir. Si hébétude il y a, comme il semble, le chef de l’État est à merveille accordé à ses électeurs. Débitant mécaniquement, dans une lumière sinistre, en s’aidant de quelques feuillets raturés, un texte convenu, il avait une allure spectrale. Il est manifeste que lui-même n’arrive plus à attacher la moindre importance à ce qu’il dit. Et comment pourrait-il en être autrement, puisque ce qu’il dit ne touche plus en rien à la réalité des choses et à celle des forces en présence, et n’a d’autre fonction, au contraire, que de les dissimuler et de les taire le plus longtemps possible ?

Emmanuel Macron évoque un peuple de soixante-huit millions d’habitants : mais un tel peuple n’existe pas, et en tout cas ce n’est pas le peuple français, qui est progressivement noyé dans cette masse et y deviendra bientôt minoritaire. Il n’y a pas un peuple, il y en a au moins deux ou trois ; et parmi eux il y a des envahisseurs et des envahis, des colonisateurs et des colonisés, des occupants et des occupés. Le président de la République ne parle pas pour ne rien dire, il parle pour ne pas dire : ne pas dire l’invasion, le pays livré, l’occupation étrangère, la colonisation de la France, la nocence généralisée, les défis permanents des conquérants aux indigènes, les manipulations génétiques, le changement de peuple, le génocide par substitution. Les vrais enjeux n’ont rien à voir avec ses paroles. Ils sont plutôt de savoir si la lutte de libération nationale, si nécessaire et désirable, pourra faire l’économie de la guerre civile.


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