L’ex-président de la République, Valéry Giscard d’Estaing, est mort. Comme la plupart des destins politiques, le sien fut en somme assez amer, malgré de brillants succès initiaux. À peine dépassé le milieu de sa vie terrestre, non réélu à la tête de l’État, il n’a plus eu pour carrière que de modestes réussites, maigres lots de consolation, et quelques échecs retentissants. Mais il y a pis. Tous ceux qui ont eu l’occasion de l’approcher savent qu’au fond de lui il était bien conscient du génocide par substitution, et qu’il le déplorait. Or il en fut l’un des principaux instruments, et même le promoteur en France. D’où il ressort qu’il ne sert à rien de s’acharner sur les hommes, et de maudire leur action, ou leur mémoire. Il ne sont que cela, justement : des instruments — des pièces de rechange, plus ou moins chromées, de machineries qui les dépassent de toute part, et dont ils peuvent désapprouver le mouvement même qu’ils contribuent à leur imprimer. Le remplacisme global porte le Grand Remplacement comme un fatalité de structure. Valéry Giscard d’Estaing était trop intelligent, hélas, pour se mettre en travers de l’inéluctable. Il y faut d’autres vertus, et moins d’appartenance au monde.