Il y a cinquante ans aujourd’hui mourait le général de Gaulle. Cet événement est commémoré avec beaucoup de discrétion. C’est en partie à cause de l’épidémie, qui limite les voyages et les rassemblements. Mais à cette réserve embarrassée il y a des raisons plus graves et plus profondes : ce sont la honte, la peur et le reniement. Comment célébrer sans trop visible hypocrisie, en effet, l’homme de la définition fameuse, et qui n’a pas pris une ride : « Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne » ? Que dirait l’Occupant ? Que dirait le Cloaque ? N’exigeraient-ils pas de concert un “déboulonnage”, comme ils disent, et comme ils l’exigent pour Napoléon, Louis XIV, Voltaire ou Victor Hugo ?

Or c’est justement à cause de ces exigences et de ces menaces que Charles de Gaulle, sa figure et son message, sont pour nous plus essentiels à présent qu’ils ne le furent jamais. La France est aujourd’hui plus gravement occupée qu’en 1940. Le pouvoir officiel ne “collabore” pas avec l’occupant, c’est lui qui est allé le chercher et c’est lui qui organise son séjour. Et l’heure est à la décolonisation plus encore qu’en 1960. Mais à présent c’est de la décolonisation de la France, qu’il s’agit, et de celle de l’Europe tout entière.