Il n’est évidemment pas dans la vocation du CNRE, qui n’est pas un parti politique, et qui n’a autre aspiration que le retournement de l’invasion, la décolonisation, la libération du territoire, de se prononcer sur l’opportunité de telle ou telle mesure relative aux retraites des Français. Il n’aura même pas la cruauté de souligner, comme le feront sans doute les historiens de l’avenir, si tant est qu’il y ait un avenir avec des historiens, le caractère dérisoire, pour ne pas dire pis, d’un peuple soumis à un asservissement d’ampleur sans précédent et qui semble ne se soucier que de ses pensions de vieillesse ; et d’une jeunesse en butte à la conquête étrangère mais préoccupée surtout des traitements quelle touchera, ou pas, dans cinquante ans — il eût semblé en d’autres temps que le retrait de l’occupant eût dû être placé plus haut dans l’ordre des soucis, et mobiliser plus d’énergies.

Une remarque s’impose néanmoins, quant à la cohérence admirable des mécanismes davocratiques de réduction de l’homme à la Matière Humaine Indifférenciée (MHI). Sur quel point le régime macro-replaciste est-il absolument résolu à ne pas céder ? Quel est le cœur de son projet ? “En finir avec les régimes spéciaux”. Les régimes spéciaux, on ne doute pas qu’il en soit d’injustes, d’inutiles, de dépourvus de raisons d’être ; et qu’il soit légitime de les inspecter tous, et d’en réviser ou supprimer un certain nombre. Mais on ne peut pas ne pas observer à quel point “en finir avec les régimes spéciaux” c’est exactement le dessein, en tout, du remplacisme global. Ce qu’il hait par dessus tout, c’est la discrimination. Et les “régimes spéciaux” ce sont les races, les peuples, les cultures, les civilisations, les sexes, les classes, tout ce qui prête à la distinction et pourrait prétendre à de quelconques héritages, ou privilèges.

Le pouvoir macro-remplaciste est sincère quand il dit vouloir “lutter contre les inégalités” : c’est toujours au profit d’une inégalité formidable et fondamentale, entre la masse indifférenciée et les puissances de plus en plus désincarnées du hors-sol et de l’entre-soi— entre les deux niveaux de Métropolis, si l’on veut. L’homme du remplacisme global, c’est bien sûr l’homme remplaçable et remplacé, mais c’est aussi et peut-être d’abord l’homme broyé, concassé, liquéfié pour les bidons du bidonville global, avant que d’être liquidé si besoin est. Les “régimes spéciaux” ne sont qu’une parmi les protections et les appartenances dont il convient incessamment de le dépouiller, l’une après l’autre.