M. Jacques Attali écrit très justement : « Il faut entendre ce que dit Erdogan. Le prendre très au sérieux et se préparer à agir, par tous les moyens. Si on avait pris au sérieux, de 1933 à 1936, les discours du Führer, on aurait pu empêcher ce monstre d’accumuler les moyens de faire ce qu’il annonçait ».

On ne saurait que souscrire à ces propos. Cependant, à qui s’adressent-ils ? À L’OTAN ? Mais l’Otan ce sont les États-Unis (et la Turquie, et la Grèce…), et le président Donald Trump, en pleine campagne pour sa réélection, n’a probablement rien de plus éloigné de l’esprit que l’idée d’une intervention. D’ailleurs il serait sans doute bien incapable se situer la Turquie sur une carte. Et, seul point commun avec son prédécesseur Barak Obama, l’Europe lui est indifférente.

M. Jacques Attali s’adresse-t-il à l’Europe, alors, à l’Union européenne ? Mais diplomatiquement, et militairement, et ontologiquement — et cela Recip Erdogan le sait bien, c’est le secret de toutes ses audaces —, l’Europe est un corps absent, une non-entité, un continent amoureux de sa propre mort, une civilisation qu’enivre la passion de sortir de l’histoire. Tout ce qui lui reste de vie elle le met à s’imposer un auto-génocide, à changer de peuples et de civilisation, à soumettre ses populations indigènes, à l’invasion extérieure, à l’occupation étrangère, à une occupation chaque jour plus agressive et violente. À ce néant acharné à se perdre et à faire disparaître les citoyens dont il a la charge, Recip Erdogan peut bien lancer tous les défis qu’il voudra, il ne lui arrachera pas un geste de mépris, ne parlons même pas de haine, et de résistance encore bien moins. Pour s’opposer aux défis du dictateur turc, il faudrait une Europe libérée d’abord de ceux qui la livrent incessamment, et tous les jours à des milliers de remplaçants d’elle-même.