À l’occasion d’une effroyable tragédie qui ravage leur capitale, le président de la République française propose aux Libanais une politique si interventionniste de la France qu’aussitôt elle suscite à la fois des reproches d’ingérence dans les affaires intérieures d’un État tiers et, sur place, une pétition en faveur du rétablissement pour dix ans du mandat français sur le Liban. Le rôle de protectrice du Liban est bien sûr une séculaire tradition de notre pays, et certes on ne saurait y trouver à redire, bien au contraire. Il faut rappeler cependant qu’il s’agissait essentiellement, pendant des siècles, d’un rôle de protection des chrétiens du Liban, isolés dans un océan de musulmans hostiles et conquérants. Or ce n’est probablement pas à cela que songe M. Emmanuel Macron. Le grand paradoxe de son offre étrange, c’est qu’elle semble proposer la France, ainsi qu’aux temps anciens, comme modèle aux Libanais, alors que depuis quarante ans les prédécesseurs de M. Macron, et lui-même avec plus d’ardeur encore qu’eux, se sont ingéniés à faire exactement le contraire, c’est-à-dire à imposer le Liban comme modèle aux Français.

Certes il y avait aussi l’ex-Yougoslavie, le Tibet, l’Afrique du Sud et bien sûr les États-Unis et le Canada, qui étalaient et qui étalent encore leurs différents échantillons de guerres civiles, ethniques ou religieuses, de conflits de civilisation permanents, de vivre-ensemble sanglant, de submersion démographique, de remplacement de population ou bien de génocide des blancs, que ce soit par simple substitution ou par assassinats quotidiens. Mais la libanisation tenait un rôle éminent parmi ces prototypes méticuleusement imités, et cela pour le désastre qu’on sait, et que nous vivons tous, ou dont nous mourons. Dans ces conditions, est-ce la France éternelle que le président de la République offre en exemple au Liban ? Ou bien — plus vraisemblablement le connaissant —est-ce la France libanisée par ses soins, celle où les chrétiens, soumis à des attentats et des incendies quotidiens, tiennent un place toujours plus réduite, tandis que s’étend chaque jour davantage l’ombre du terrorisme et de la conquête islamiques ? Est-cela, cette abomination, qui est proposé au Liban par notre pays et son président ? L’imitation tragique du propre devenir-Liban de la France ? Une libanisation au carré ?