On célèbre aujourd’hui le soixante-quinzième anniversaire du débarquement de Normandie, le 6 juin 1944. Et certes on n’exprimera jamais assez la gratitude qui est due aux soldats du Royaume-Uni, du Commonwealth britannique et surtout des États-Unis qui ont libéré la France de la Première Occupation et l’Europe du joug hitlérien, en conjonction avec les puissantes armées soviétiques.

Cette dernière référence le rappelle assez, cependant : un pays n’est jamais libéré tout à fait par des étrangers sans que ses libérateurs ne l’occupent un peu à leur tour, ou beaucoup. Les Américains ont certes pris la plus grande part dans les combats qui ont chassé le précédent occupant, et l’on ne saurait leur en être trop reconnaissant. Mais, ce faisant, et sans le vouloir comme en le voulant, ils nous ont colonisés culturellement, ils ont dans une large mesure remplacé notre culture par la leur, notre musique par la leur, nos modes par les leurs, nos façons d’être par leurs façons d’être, la haute culture par la culture de masse, les humanités par les “industries culturelles”, cette aporie. Ce Petit Remplacement était la condition nécessaire du Grand ; et c’est lui qui a permis la Deuxième Occupation, sous laquelle nous vivons. À celle-ci aucun débarquement ne mettra fin — au contraire, ce sont les débarquements incessants qui l’alimentent. Et le rembarquement qui nous en libèrera se nomme Remigration.