Quelques jours à peine après la mort de Sir Roger Scruton, c’est de nouveau avec une immense tristesse que le Conseil National de la Résistance Européenne apprend la mort de George Steiner, intellectuel européen qu’on peut dire au sens le plus plein “par excellence”. Toutes les cultures et toutes les langues de notre continent et de notre civilisation convergeaient en lui sans se mélanger, et il avait le génie d’en extraire et d’en souligner pour ses lecteurs et ses auditeurs les traits fondamentaux aussi bien que les moins remarqués. L’humour et la profondeur lui étaient consubstantiels, comme la spiritualité et le style. Fasse le Ciel qu’il ne soit pas le dernier représentant, en notre société chaque jour davantage post-littéraire, et qui ne comprend même plus ce que la littérature a bien pu signifier, ou plutôt être, d’un monde où elle était l’arbitre suprême. Qui comprendra demain, dans un univers de sens où les écrivains sont réduits à leur opinions, qu’un grand critique d’origine juive ait pu porter aux nues “Les Deux Étendards”, de Lucien Rebatet, ou dialoguer de pair à compagnon avec un proche de Maurras comme Pierrre Boutang, dont il tenait l’“Ontologie du secret” pour un chef-d’œuvre ? Puisse sa mort n’être pas un signe sinistre, alors que l’Europe livrée s’enfonce chaque jour davantage dans le bidonville global, la laideur, la bêtise, le divertissement hébété, l’étouffement de la liberté d’expression et le deuil de la pensée.